Aya Nakamura : Keyzit revendique une victoire après près de 10 ans de bataille judiciaire, des millions d’euros en jeu


Après près de dix ans de bataille autour d’un contrat d’édition signé en 2016, Keyzit revendique une importante victoire judiciaire dans son conflit avec Aya Nakamura et Warner. Ce mercredi 7 octobre 2026, Moussa Wagué, fondateur de Keyzit, a lui-même relayé sur son compte Facebook vérifié une publication annonçant l’issue favorable à sa structure. Au Mali, l’information a également été relayée par Dramane Coulibaly de Keyzit Mali. Au cœur du dossier : 66 œuvres, dont plusieurs immenses succès de la chanteuse, et un préjudice que Keyzit estime à plusieurs millions d’euros.

L’affaire pourrait devenir l’un des dossiers les plus instructifs de ces dernières années sur l’importance des contrats d’édition musicale. Car derrière le conflit opposant Aya Nakamura à son ancien partenaire Keyzit se trouve une question essentielle dans l’industrie musicale : qui détient et exploite les droits d’édition des œuvres créées par un artiste ?

Keyzit revendique publiquement sa victoire

Ce mercredi 7 octobre 2026, la communication autour de l’affaire a pris une nouvelle dimension.

Moussa Wagué, fondateur et dirigeant de Keyzit, a personnellement relayé sur son compte Facebook vérifié une publication de Story Africa annonçant que Keyzit avait remporté sa bataille judiciaire face à Aya Nakamura et Warner.

Le visuel partagé présente l’affaire comme l’aboutissement de près de dix années de bataille judiciaire.

Au Mali, la nouvelle a également été relayée au sein de Keyzit. Dramane Coulibaly de Keyzit Mali a partagé dans sa story le même visuel portant la mention : « Après 10 ans de bataille judiciaire, Keyzit l’emporte face à Aya Nakamura ».

Ces publications sont importantes puisqu’elles montrent que l’annonce n’est désormais plus seulement relayée par des médias : la direction de Keyzit elle-même revendique publiquement une issue favorable dans cette affaire.

Selon les informations communiquées par Keyzit et relayées ce mercredi par plusieurs médias africains, la cour d’appel aurait confirmé l’existence et la validité du contrat d’édition conclu en 2016 avec Aya Nakamura.

Une précision reste néanmoins nécessaire : au moment de la publication de cet article, Hits2mali n’a pas encore pu consulter le texte intégral de l’arrêt d’appel annoncé. Les conséquences juridiques exactes de cette nouvelle décision devront donc être appréciées à partir du contenu de l’arrêt.

Tout commence avec un contrat signé en septembre 2016

Pour comprendre l’origine du conflit, il faut remonter au 21 septembre 2016.

Aya Nakamura est alors au début d’une carrière qui prendra quelques années plus tard une dimension internationale. Elle conclut avec Keyzit Publishing, structure liée à Moussa Wagué, un pacte de préférence portant sur l’édition de ses œuvres.

Selon les éléments judiciaires et les informations publiées autour de l’affaire, la relation entre les deux parties comportait plusieurs volets concernant notamment la production des enregistrements et l’édition musicale.

Quatorze titres auraient notamment été enregistrés pendant cette période, avant la sortie du premier album d’Aya Nakamura, « Journal intime », en 2017.

Production et édition : une différence essentielle dans cette affaire

La distinction entre production et édition musicale est fondamentale pour comprendre le conflit.

La production phonographique concerne principalement l’enregistrement d’une chanson : ce que l’industrie appelle généralement le « master ».

L’édition musicale, ou publishing, concerne quant à elle l’œuvre elle-même : notamment les paroles, la composition et les droits qui peuvent découler de leur exploitation.

Il est donc possible qu’une entreprise détienne ou exploite les droits relatifs au master tandis qu’une autre possède des droits ou un mandat concernant l’édition de la même chanson.

C’est précisément cette distinction qui se retrouve au cœur du dossier Keyzit-Aya Nakamura.

Aya Nakamura retourne chez Warner en 2017

En 2017, la relation professionnelle évolue. Aya Nakamura poursuit sa carrière avec Warner.

Selon les informations publiées sur le dossier, Keyzit aurait alors cédé à Warner les droits concernant les 14 premiers enregistrements produits durant leur collaboration.

Mais Keyzit affirme que cette opération concernait la production phonographique et non son pacte de préférence en matière d’édition musicale.

La situation devient alors particulièrement sensible lorsqu’Aya Nakamura conclut, le 21 juillet 2017, un autre pacte de préférence avec Warner Chappell Music France, la branche spécialisée dans l’édition musicale du groupe.

Pour Keyzit, son propre engagement conclu avec l’artiste en septembre 2016 était toujours en vigueur.

Keyzit conteste l’accord avec Warner

Keyzit estime alors que les œuvres créées pendant la période couverte par son pacte auraient dû lui être proposées prioritairement.

Selon la chronologie publiée autour de l’affaire, Keyzit se manifeste auprès de Warner dès décembre 2017, avant une mise en demeure adressée en janvier 2018.

Faute de règlement du différend, l’affaire finit par être portée devant le Tribunal judiciaire de Paris en 2021.

Aya Nakamura conteste le contrat de 2016

L’un des principaux points de confrontation concerne l’authenticité même du document invoqué par Keyzit.

Aya Nakamura conteste avoir signé le pacte dans les conditions présentées par Keyzit. La défense de l’artiste remet notamment en cause certains éléments du document.

Face à cette contestation, la justice ordonne en novembre 2022 une expertise en écriture.

Le rapport d’expertise, déposé en juin 2023, conclut notamment que la signature figurant à la fin du contrat est bien celle de l’artiste, tandis que certains paraphes figurant sur d’autres pages ne lui sont pas attribués.

En 2025, la justice reconnaît le contrat de Keyzit

Une première décision majeure intervient le 2 mai 2025 devant le Tribunal judiciaire de Paris.

Après la procédure de vérification d’écriture, le tribunal reconnaît l’existence du pacte de préférence conclu entre Aya Nakamura et Keyzit Publishing.

La justice considère également le contrat comme opposable à l’artiste et valide l’essentiel de celui-ci, à l’exception d’une partie de son article 8.

Cette décision constitue une étape fondamentale pour Keyzit : le débat ne porte alors plus uniquement sur l’existence matérielle du contrat, mais également sur les conséquences que celui-ci pourrait produire sur les œuvres créées pendant la période concernée.

66 œuvres et certains des plus grands tubes d’Aya Nakamura

C’est là que l’affaire prend une dimension financière considérable.

Keyzit revendique un préjudice concernant 66 œuvres publiées pendant la période qu’il estime couverte par son engagement avec Aya Nakamura.

Parmi les morceaux régulièrement cités dans le dossier figurent certains des plus grands succès de la chanteuse, notamment « Djadja », « Pookie », « Copines » ou encore « Sucette ».

Ces titres ont connu des exploitations massives en France et à l’international, notamment sur les plateformes de streaming, YouTube, les radios et différents territoires.

Si des droits d’édition revenant contractuellement à Keyzit ont effectivement été exploités par une autre société pendant plusieurs années, l’évaluation financière du préjudice pourrait donc atteindre des montants importants.

D’où viennent les 2,5 millions d’euros évoqués ?

Un montant de 2,5 millions d’euros est régulièrement associé à cette affaire.

Il ne s’agit toutefois pas d’une somme déjà attribuée définitivement à Keyzit.

Dans le cadre de la procédure, Keyzit avait demandé le versement immédiat d’une provision de 2,5 millions d’euros au titre du préjudice qu’il estime avoir subi.

Cette demande de provision a été rejetée à ce stade.

En revanche, la communication de documents financiers liés à l’exploitation des œuvres constitue un enjeu essentiel pour permettre l’évaluation précise des sommes éventuellement dues.

Le montant final du préjudice pourrait donc être différent des 2,5 millions d’euros initialement réclamés.

Des relevés de revenus réclamés pour les œuvres concernées

Une nouvelle étape intervient en avril 2026.

Dans le cadre de la procédure, Warner Chappell et la SACEM sont notamment appelés à communiquer des informations relatives aux revenus générés par les œuvres concernées.

L’objectif est essentiel : déterminer précisément les sommes générées par ces compositions et permettre ensuite de chiffrer le préjudice revendiqué par Keyzit.

Aya Nakamura avait par ailleurs été condamnée à verser 8 000 euros à Keyzit au titre des frais de procédure dans cette étape du dossier.

Keyzit annonce désormais une confirmation en appel

Après la décision de première instance, le dossier s’est poursuivi devant la cour d’appel.

Ce 7 octobre 2026, Keyzit affirme avoir obtenu une nouvelle décision favorable.

Selon la communication de la structure, la cour d’appel aurait confirmé l’existence et la validité du contrat conclu en 2016.

Le fait que Moussa Wagué ait lui-même relayé publiquement l’annonce sur son compte Facebook vérifié, tandis que Keyzit Mali la relaie également, confirme que la structure assume désormais officiellement cette communication.

Cela ne signifie cependant pas que Keyzit a déjà récupéré plusieurs millions d’euros.

Il faudra notamment connaître le contenu détaillé de la décision d’appel, déterminer précisément quelles demandes ont été accueillies et établir le montant du préjudice financier éventuellement reconnu.

Une affaire qui montre l’importance du publishing pour les artistes africains

Au-delà du conflit entre Keyzit, Aya Nakamura et Warner, cette affaire constitue un cas particulièrement instructif pour les artistes et producteurs africains.

Distribuer une chanson sur Spotify, Apple Music, YouTube ou d’autres plateformes ne représente qu’une partie de l’exploitation économique d’une œuvre musicale.

Un artiste qui écrit ou compose ses chansons peut également générer des droits liés à la composition. Ces revenus ne suivent pas nécessairement le même circuit que les revenus générés par le master.

Un changement de distributeur ou de maison de disques ne met donc pas automatiquement fin aux engagements pris auparavant avec un éditeur musical.

Un contrat de publishing signé au début d’une carrière peut continuer à produire des effets plusieurs années plus tard, y compris lorsque l’artiste devient une star internationale.

Une affaire particulièrement suivie au Mali

Le dossier possède enfin une dimension particulière au Mali.

Aya Nakamura, de son vrai nom Aya Danioko, est née à Bamako avant de grandir en France. Elle est aujourd’hui l’une des artistes francophones d’origine malienne les plus connues à l’international.

Keyzit dispose de son côté d’une implantation au Mali et travaille avec plusieurs artistes africains.

Le relais effectué par Dramane Coulibaly de Keyzit Mali donne ainsi une dimension locale supplémentaire à une affaire déjà très suivie dans l’industrie musicale africaine.

La victoire revendiquée ne signifie pas encore la fin du dossier financier

Keyzit revendique donc aujourd’hui une étape judiciaire majeure après près de dix années de conflit.

Mais plusieurs questions restent déterminantes : quelles dispositions exactes ont été confirmées en appel ? Quel sera le statut définitif des 66 œuvres concernées ? Quelle part des droits pourrait revenir à Keyzit ? Et surtout, quel montant la justice pourrait-elle finalement retenir au titre du préjudice ?

Le texte intégral de la décision d’appel permettra de répondre avec davantage de précision à ces questions.

Une chose apparaît néanmoins clairement à travers cette affaire : dans l’industrie musicale, les contrats portant sur le master et ceux concernant l’édition constituent deux domaines distincts, et un engagement signé plusieurs années auparavant peut avoir des conséquences considérables lorsque le catalogue d’un artiste prend de la valeur.

Hits2mali continuera de suivre l’affaire et mettra à jour ces informations lorsque les détails complets de la décision d’appel et de ses conséquences financières seront disponibles.


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